Les erreurs de la France face à l’Espagne et l’avenir de l’équipe
Depuis plusieurs semaines, la France semblait destinée à atteindre sa troisième finale de Coupe du Monde consécutive, mais elle a été dominée par une équipe espagnole tactiquement plus cohérente lors des demi-finales. Après avoir concédé un penalty à Mikel Oyarzabal à la 22e minute, la première fois qu’ils étaient menés dans le tournoi, les hommes de Didier Deschamps n’ont jamais semblé capables de revenir au score. Il n’y a pas eu de coup de théâtre de Kylian Mbappé, le match s’est plutôt déroulé vers une conclusion logique. Qu’est-ce qui a mal tourné et que va-t-il se passer ensuite ?
Les attaquants français perdent leurs repères
Depuis six semaines, l’attaque étoilée de la France avait été saluée dans le monde entier. Avec 13 buts inscrits lors de leurs quatre premiers matchs, leur ligne offensive paraissait irrésistible. Cependant, face à l’Espagne, les attaquants n’ont pas su combiner efficacement et leur manque de précision a été flagrant.
La France était déjà menée 2-0 avant de tirer au but. Mbappé, deuxième meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du Monde, n’a pas réussi à cadrer une seule frappe. Comme lors des deux derniers matchs, son impact offensif a été atténué par sa nécessité de redescendre au milieu de terrain, et sa première tentative n’est arrivée qu’à la mi-temps de la seconde période.
Michael Olise, dont le jeu créatif avait été comparé à celui de Michel Platini lors de la phase de groupes, a perdu le ballon 20 fois et a eu du mal à trouver ses repères. Ousmane Dembélé n’a pas inquiété Unai Simón avant les dernières minutes de la rencontre. Parmi le quatuor de départ, l’impact le plus significatif sur le match a été celui de Bradley Barcola, surtout dans ses contributions défensives, alors que Lucas Digne n’a pas réussi à contenir Lamine Yamal.
Les attaquants français, qui semblaient si à l’aise à échanger leurs positions et à combiner lors des premières phases de la compétition, paraissaient de plus en plus isolés les uns des autres à mesure que les phases à élimination directe avançaient. En verrouillant le tiers central du terrain, l’Espagne a réussi à maintenir les attaquants éloignés les uns des autres et coupés du reste de l’équipe.
Deschamps sans solutions
Adrien Rabiot était le seul joueur français à percer régulièrement les lignes espagnoles, mais il a été handicapé par le carton jaune reçu à la 10e minute. La décision de Deschamps de le remplacer à la mi-temps a considérablement réduit les chances de la France de gagner le duel au milieu de terrain. Aux côtés de l’Aurélien Tchouaméni récemment blessé, qui se retrouvait souvent trop reculé pour avoir de l’influence sur le match, Manu Koné n’a pas réussi à reproduire sa performance éclatante contre le Maroc.
Deschamps a effectué quelques remplacements similaires, mais ils n’ont eu aucun effet sur le momentum du match. Desiré Doué et Rayan Cherki ont été confinés à des espaces isolés, tandis que Théo Hernandez n’a pas mieux réussi que Digne face aux attaques espagnoles sur le flanc droit.

La domination du milieu de terrain espagnol se poursuit
Il serait difficile de soutenir que la France a sous-estimé son adversaire ; Deschamps a constamment désigné l’Espagne comme favorite pour remporter le tournoi. Que cela ait été une évaluation sincère ou une tentative de réduire la pression sur son propre équipe, son observation était corroborée par l’expérience récente.
En comptant la dernière finale olympique, la France a désormais perdu quatre matchs consécutifs contre l’Espagne, tous lors de demi-finales ou finales. La suprématie du milieu de terrain espagnol a finalement fait la différence dans tous ces matchs. Pour la deuxième fois en trois ans, la France a été submergée par un milieu composé de Rodri, Fabián Ruiz et Dani Olmo.
La supériorité du milieu de terrain espagnol dépasse les simples affrontements entre les sélections seniors. Quelles que soient les compositions, quel que soit le groupe d’âge, l’Espagne a un style clairement défini qui est reproduit à travers toutes ses équipes dans le cadre d’une stratégie globale. Il en va tout autrement des différentes équipes françaises, qui semblent souvent construites au cas par cas en fonction des talents individuels disponibles. Confrontés à une configuration tactique profondément ancrée, ces individus ont été bloqués à chaque tournant.

Que va-t-il se passer ensuite ? L’ère Zidane
Deschamps mettra fin à ses 14 années de mandat après le match pour la troisième place de samedi à Miami. Terminer sur le podium lors de trois Coupes du Monde ne serait pas un mauvais bilan et placerait assurément Deschamps en tant que meilleur entraîneur de l’histoire de la France, mais le verdict durable sera qu’il aurait pu réaliser davantage compte tenu du talent à sa disposition.
La liberté que Deschamps a accordée à ses attaquants lors de ce tournoi pourrait également être perçue comme une transition vers l’ère Zinedine Zidane. Zidane était célèbre pour son approche non interventionniste en ce qui concerne ses attaquants au Real Madrid, et la profondeur de talent dans l’équipe de France permettra d’adopter une approche similaire.
Quoi qu’il en soit, la nomination de Zidane est susceptible d’apporter une certaine continuité à l’équipe nationale. Comme Deschamps, Zidane est avant tout un pragmatique sur le banc. Il est également une icône qui suscite le respect dans le vestiaire, encore plus que Deschamps. Des raisons d’être optimiste existent. Il disposera d’une équipe relativement jeune et bénéficiera de la sympathie des fans, des joueurs et des décideurs.
Les campagnes de Coupe du Monde 2018 et 2022 ont finalement été l’aboutissement des tactiques de contrôle et de pragmatisme de Deschamps, qui ont nécessité plusieurs tournois pour être perfectionnées avant de devenir une formule gagnante. Cette approche a visiblement atteint ses limites d’ici l’Euro 2024 et il était judicieux de revoir les choses. Cependant, il était peut-être trop ambitieux d’attendre qu’un changement aussi radical fonctionne immédiatement. La France a facilement accédé aux phases finales, mais a échoué contre l’Espagne.
Cette nouvelle équipe de France pourrait réaliser son plein potentiel dans quatre ans sous Zidane. Si tel est le cas, l’héritage de Deschamps sera d’avoir remporté une Coupe du Monde tout en posant également les bases de la nouvelle ère.
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